Invités

Elene Usdin

Les Habitants

Diplômée de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris en 1996, Elene Usdin travaille d'abord comme illustratrice et peintre copiste pour le cinéma. Artiste plasticienne, peintre et photographe, elle construit depuis 2002 une oeuvre multiple, à la fois précise, légère et décalée.
La femme est le sujet favori de ses séries, dans une approche qui se joue du genre et des stéréotypes.
Elle a débuté avec ce qu'elle avait sous la main. C'est à dire elle. Un modèle économe, malléable, corvéable qui lui permet aussi de s'accepter telle qu'elle était. Avec ses autoportraits, elle économise donc un psy et un mannequin. Et peut laisser cours à toute son imagination.
Chaque série lui donne l'opportunité d'être une autre. Une princesse, une lampe de chevet, une créature des bois ... Elene Usdin ne montre jamais son visage dans ses images. Il est masqué, coupé, dissimulé par une main ou par de folles herbes. Elle seule doit pouvoir se reconnaître. Aux autres d'imaginer de quoi elle a l'air vraiment. Elle est le miroir et la fenêtre.
En 2010, Elene commence à peindre sur ses tirages photographiques, liant ainsi ses deux médium de prédilection. Sa série Femmes d'Intérieurs donne corps à des femmes composites, superposition surréaliste de meubles dans des intérieurs et de portraits inspirés de la peinture classique. Pour sa série Les Habitants, débuté fin 2016, Elene peint des costumes chimériques à ses modèles, photographiés toujours au même endroit, à la lumière d'une fenêtre qui rappellerait l'atmosphère de tableaux flamands. Contemporaine, instantanée et d'une pureté presque documentaire, cette photographie s'offre en décalage avec la sophistication aristocratique de sa peinture.
Comme pour ses autoportraits, où elle s'interrogeait sur la représentation à donner à son propre corps, Il est question ici de transformation : De celle de ces adolescents, filles et garçons en pleine mutation. Elene donne à voir leur chaos intérieur en l'extériorisant à travers des parures peintes. Sur chacune d'elles, la photographe fait référence à une oeuvre de la peinture classique ou moderne, scènes sombres de l'histoire ou de la mythologie qu'elle noie dans un bouillonnement de minuscules personnages imaginaires, sorcières et démons, végétations débordantes et plantes carnivores.
Un écho inquiétant et visionnaire aux esprits habités des adolescents, dans un dialogue fantasmagorique avec l'histoire de l'art. Notons que ses parures sauvages peintes à la main, transformant chacun de ses tirages en pièces uniques, questionnent aussi une certaine vision de la photographie qui se définirait par sa reproductibilité.

LES HABITANTS :
Série de treize photographies encadrées. Impression pigmentaire sur papier fine art rehaussée
à l'acrylique. Pièces uniques. 67x67cm. 2016-2017